« 21 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 75-76], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11553, page consultée le 02 mai 2026.
21 novembre [1843], mardi matin, 9 h. ½
Bonjour mon pauvre bien-aimé, bonjour mon pauvre homme triste, bonjour ma vie,
bonjour mon âme. Comment vas-tu ce matin ? J’ai rêvé de toi toute la nuit, mon cher
amour, je me suis réveillée plusieurs fois à tous les bruits, il me semblait que
c’était toi. Pourvu que tu ne sois pas malade. Pense à moi, mon adoré, ne souffre
pas,
aime-moi, pense que tu es toute ma vie.
Je viens de recevoir l’annonce de
l’arrivée de Jacquot. Claire n’en sait encore rien. Je ne sais pas encore
s’il est vert ou s’il est gris. De tous les renseignements qu’on me donne j’en conclus
qu’il n’est rien moins que doux. Je persiste jusqu’à présent à donner la préférence
à
Cocotte. Enfin, nous le verrons bientôt,
ce fameux Jacquot et nous saurons à quoi nous en tenir. Dans ce moment-ci c’est un
surcroît de dépense dont je me serais très bien passé.
Je n’ai pas encore envoyé
au marché, je ne sais pas ce que la mère Lanvin me fera dire pour aujourd’hui. Tu as vu qu’il est impossible
d’être plus pressante que je ne l’ai été hier dans ma lettre sur la nécessité de ne
pas faire perdre de temps à Claire. J’espère, ou qu’elle mènera Claire chez son père
tantôt, ou qu’elle la reconduira à la pension. Dans tous les cas où elle ne me ferait
rien dire et où elle ne serait pas venue la chercher, nous pourrions nous-mêmes mener
Claire à sa pension le soir avant le dîner, à moins que tu ne le puisses pas, toi.
Tu
décideras cette question tantôt.
D’ici là, mon cher cher bien-aimé, je vais
penser à toi, te désirer et t’aimer de toute mon âme. Pense à moi, de ton côté, mon
cher bien-aimé, désire-moi et aime-moi.
Prends garde d’avoir froid. Le temps est
très pluvieux et très malsain, il faut prendre quelques précautions. Ne pas sortir
à
jeun, avoir de bonnes bottes et être bien couvert. Je ne veux pas que tu t’enrhumes
et
que tu aies des douleurs. Pauvre adoré, je ne veux pas que tu souffres. Je donnerais
ma vie pour que tu ne sois pas triste.
Juliette
« 21 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 77-78], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11553, page consultée le 02 mai 2026.
21 novembre [1843], mardi soir, 5 h. ¼
Nous avons enfin le Jacquot ! mais
hélas ! il est hideux. Je ne sais pas si c’est parce que je l’attendais gris et qu’il est arrivé vert qu’il
me fait cet effet-là mais je le trouve atroce de laideur. Quant à son caractère, je
n’en peux rien dire encore attendu qu’il est arrivé mourant de faim, de soif et de
sommeil. Tout ce que je sais c’est que Cocotte a sauté sur sa cage et qu’il l’a regardéea sans lui faire de mal. Elle est restée
très longtemps en contemplation sur sa cage nez à nez et qu’il ne lui a rien dit.
Du
reste, leurs deux bâtons se touchent et ils sont très tranquilles tous les deux.
Voilà, quantb à présent, tout ce que
je peux dire. Suzanne l’a pris sur son doigt
et moi aussi et il ne nous a pas mordues. Cependant nous ne sommes pas très braves.
On n’est pas encore venu chercher Claire. Je me dépêche à faire faire le dîner pour qu’elle dîne avant de
s’en aller. Elle va rattraperc
ces deux jours-ci, elle me l’a bien promis. Elle paraît animée des meilleures
dispositions et avoir bien de l’ardeur. Pauvre enfant, je désire et j’espère que cela
continuera toujours. Elle sent la nécessité de travailler et de se suffire seule.
Elle
sera bien heureuse et moi aussi le jour où elle gagnera sa vie. Cela pourra être
bientôt si elle travaille autant qu’elle le dit.
Pauvre bien-aimé, tu étais
encore bien triste tantôt. Qu’est-ce que je pourrais faire pour te faire sourire ?
Si
tu savais, mon pauvre adoré, combien ta tristesse me fait mal, tu serais toujours
heureux quand même et tu me sourirais toujours. Je baise tes chères petites mains
adorées et je prie le bon Dieu de t’envoyer bien vite à moi.
Juliette
a « regardé ».
b « quand ».
c « rattrapper ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
